PlanLa cité souterraine de Naours est une curiosité historique qui vaut le détour. Elle est située à environ une heure et demie de Paris en voiture, après Amiens. Nous y sommes allés avec Juju qui n'en est pas revenu non plus.

A l'origine, c'était une carrière qui a servi notamment à bâtir Amiens, à l'époque de l'occupation romaine. Puis les romains sont partis vers de nouvelles aventures et les ennuis ont commencé pour les autochtones. En effet, laissés sans protection, ils ont eu à subir les diverses invasions barbares qui n'ont pas manqué dès les IIIe et IVe siècles. La région est alors habitée par des paysans qui s'y entendent pour semer et récolter mais dont la maîtrise des techniques de tuerie est quasi nulle. Or, le coin est un lieu de passage pour les armées qui vont et viennent au gré des conquêtes. Lassés par les massacres, les pillages et autres joyeusetés guerrières, les paysans se souviennent des carrières et se mettent à les adapter à un usage défensif.

Il faut se remettre dans le contexte : ce n'est qu'une fois la rude journée de travail passée que l'on se met à creuser, élargir, étayer ce qui va devenir une ville souterraine. 300 chambres, une chapelle, des places publiques, des galeries s'étendant sur une longueur totale de 2000 mètres, l'ensemble pouvait accueillir jusqu'à 2600 personnes en même temps, accompagnées bien sûr des animaux, pour lesquels on avait pris soin de faire des galeries assez larges et sans escalier !EntreeDuDomaine

Il est arrivé que les habitants se terrent ainsi durant un mois. Imaginez 2600 personnes pendant un mois, avec tous les problèmes que cela engendre par rapport à la nourriture, à l'aération, aux besoins naturels...

Pensez aussi aux questions de sécurité : il faut bien faire du feu, mais par où évacuer la fumée ? Vu du sol, un panache de fumée qui sort de nulle part, c'est louche. Eh bien, les conduits d'évacuation conduisent droit dans les maisons du village, et c'est tout naturellement que la fumée sort par ... les cheminées des maisons.

Autre question de sécurité : l'éventuelle découverte de la cité par les ennemis. Là aussi, les habitants ont fait preuve d'ingéniosité en créant des pièges, rustiques certes, mais efficaces ; des passages très étroits obligent le passant à se plier en quatre pour avancer. Si le passant est un soldat alourdi par trente bons kilos d'équipement, il est alors facile de lui faire sa fête.

GalerieDe100MetresOn le voit, le site est remarquablement conçu, indétectable de l'extérieur, et aménagé de façon à y vivre très longtemps sans problème majeur. Ainsi, pour éviter toute déprime ou psychose collective, des places publiques ponctuent les galeries et permettent aux habitants de se retrouver afin de garder une vie sociale de bon aloi.

La cité n'a pratiquement jamais cessé de servir, jusqu'aux dernières guerres, puisque les anglais en ont fait un hôpital militaire en 14-18, puis les allemands un dépôt d'arme en 39-45. Elle a même permis d'entreposer du sel illégal à l'époque de la gabelle...

Pourtant, son souvenir s'était effacé de la mémoire locale au XIXe siècle, quand l'abbé Danicourt, curé de Naours, la re-découvre en 1887. Il la réhabilite etc'est  grâce à lui que nous avons pu la visiter cet été.

Si vous cherchez un lieu de promenade pittoresque et instructif, n'hésitez pas à visiter le site web de cette cité, puis allez y faire un tour, les guides sont charmants, drôles et pas troglodytes pour un sou...