Unilever, le géant néerlandais, a repris Amora Maille en 1999. Les salariés l'accusent de l'avoir dépecé, gardant les marques, délocalisant une partie des productions.

Lorsqu'ils arrivent place de la République, les Dijonnais lèvent les yeux au ciel. Une immense bâche recouvre désormais la façade de l'ancien cinéma Alhambra. Avec en illustration la photo géante des 3.000 manifestants de décembre qui avaient battu le pavé pour soutenir les salariés d'Amora-Maille.

Depuis fin novembre 2008, où le producteur de moutarde a annoncé la suppression d'au moins 244 emplois (1/2) et l'arrêt de 3 sites industriels dont l'usine - historique,  Dijon entre en résistance.

Une pétition a été lancée par la mairie (plus de 11.000 signatures à ce jour) et une exposition sur la moutarde organisée dans un salon de l'Hôtel de Ville. Chaque jour 200 personnes se pressent pour relire les exploits du fondateur Antoine Maille, distillateur-vinaigrier de son état et inventeur de la moutarde éponyme au XVIIIè siècle (lire). Sans oublier la carte de voeux que François Rebsamen, Maire, a envoyé à 5.000 proches. Dessus un pot de moutarde Maille, derrière une recette de poulet à la bourguignonne, et à l'intérieur cette invitation "Soutenez les salariés d'Amora Maille sur www.dijon.frwww.dijon.fr". .

L'histoire d'Amora Maille est malheureusement tristement banale. C'est celle d'une vieille marque française passée dans le giron d'un géant mondial de l'agro-alimentaire.

L'arrivée de Amora-Maille devait, parait-il, rééquilibrer la culture anglo-saxonne d'Unilever. Mais en matière de rééquilibrage, les salariés dijonnais n'en demandaient pas tant. Ils aperçoivent rarement les "ronds de cuir" de Rotterdam (siège d'Unilever). Mais très vite ils découvrent que les impératifs d'un groupe de la taille d'Unilever ne sont pas forcément les mêmes que ceux d'un producteur de moutarde bourguignon.

L'heure est désormais à la chasse aux coûts. Certains produits jugés trop peu rentables sont supprimés, les vinaigres basiques vendus, les vinaigrettes envoyées dans l'usine du groupe en République tchèque (où la production coûte deux fois moins chère).

A l'été 2007, la croissance mondiale patine, la restructuration s'accélère. Unilever annonce la suppression de 20.000 postes et la fermeture d'une cinquantaine de sites de production partout dans le monde.

Aujourd'hui le compte à rebours a commencé. La Direction indique que "la moutarde sera toujours produite à Chevigny, une commune de l'agglomération et tout sera fait pour reclasser les salariés licenciés" ! Ben voyons !

Dans un an Amora aura fermé définitivement ses portes. Restera la boutique Maille rue de la Liberté. Maison-gros  et détail, fondée en 1747, comme écrit sur la devanture.

J'ai signé la pétition. Nous perdons tout notre savoir-faire !

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Source : Le Nouvel Observateur n° 2306