03 août 2007
Les Boutons de bois
Pour compléter notre série sur les Pyrénées je voudrais vous parler des boutons de Maria.
Ria fabrique des boutons de bois. Elle va chercher le bois dans les forêts, le coupe, le taille, le poli, le traite bref elle fait tout.
Son atelier est à Montgaillard en Ariège (vous vous en seriez doutés!) et son entreprise s'appelle El Boutoun del Bosc".
Outre les boutons elle fabrique également de jolies boucles d'oreilles.
Elle connaît tout les arbres, les essences, ses particularités, parlez lui du bois et elle s'anime.
Contactez là si vous êtes intéressés. Malheureusement elle n'a pas de site internet pour l'instant mais je ne doute pas que cela viendra. En attendant, voici sa plaquette :
En guise d'introduction
Se lever à 4h30 un jour de
vacances, c'est jamais très drôle. Partir à 6h30
sous la pluie, faire 800 km un jour de mousson, ça l'est
encore moins. Il fallait vraiment qu'on soit motivés pour
voyager ainsi. Mais le jeu en valait la chandelle : nous avons
découvert les Pyrénées ariègeoises en
compagnie d'un couple d'amis formidables. Il y a tant à dire
sur ce séjour exceptionnel, on va donc prendre le temps de
vous conter comment on a visité le monde de la
sur-consommation en Andorre, comment nous avons vécu dans la
maison perdue au milieu des arbres, comment on extrait le talc (les
fesses de bébé, vous vous rappelez) d'une montagne
qu'on déplace, comment le Gospel se chante en Ariège,
et tout le reste... On dira qu'on a passé des années
dans ce pays fabuleux, bin non, juste une semaine.
Lundi
Nous arrivons à Saurat, après
être passés à côté de Foix qui se
contourne depuis quelques années par un tunnel mesurant plus
de 2 km orné façon StarWars de lumières
fatiguantes pour les yeux. La pluie a cessé un peu après
Toulouse et nous pouvons enfin profiter du paysage. Saurat est dans
la vallée, quelques dizaines de maisons pelotonnées
l'une contre l'autre pour résister aux hivers rudes. Chacune
est équipée d'une porte donnant sur l'extérieur,
logique. Elles sont quasi toutes ouvertes cet été, il
fait chaud, et on voit une autre porte, dans les maisons, qui font
comme un sas. On apprendra plus tard que cela protège
l'intérieur en hiver. Il en va de même pour un
appareillage en métal qui fait comme une marche en pente et
qui se pose devant chaque porte de maison. Cela empêche la
neige de bloquer la porte durant l'hiver. Nous sommes là en
plein juillet, inutile de dire que le mois de décembre doit
donner une autre tête au village.
On avait convenu avec Miquette de téléphoner lors de notre arrivée à Saurat. Rendez-vous est pris au café derrière l'église et nous attendons. En attendant, nous observons les environs, montagne à droite, à gauche, devant, derrière. Pas de doute, nous sommes en altitude. Miquette et Didi arrivent, nous reprenons la route après les embrassades d'usage. Un signe que nous ne sommes pas en Belgique côté topologie, Miquette nous demande si nous sommes prêts pour l'escalade. Inconscients, nous disons que oui.
La veille, le Tour de France est passé sur la route qui relie Saurat au Col de Port. Le bitume est parsemé d'inscriptions peintes à la hâte, c'est l'occasion médiatique rêvée pour les bergers de protester contre la présence de l'ours dans cette région. Nous apprendrons un peu plus tard que nous sommes en plein sur le territoire de ce prédateur. Inutile de polémiquer sur ce sujet, nous n'y connaissons rien. Jeudi prochain, nous dînerons au Col du Port et nous assisterons au début d'une réunion de bergers en lutte contre l'ours.
Nous suivons donc leur voiture et l'ascension commence. Nous commençons par une route limitée à 70 km/h, puis nous passons Prat Communal et là, ça zigzague dur. Puis, nous quittons la route pour aller vers Fourc en empruntant un chemin macadamisé mais peu propice au doublement. Il nous arrivera de tomber nez à nez avec une autre voiture, ce sera sportif. Les virages en épingle à cheveu permettent rarement de dépasser les 30 ou 40 à l'heure.
Enfin, nous arrivons là où l'on gare les voitures. Nous sommes en pleine montagne, le paysage est féérique, perdu dans les arbres, le rêve d'un Robinson en quête de solitude : une maison face à nous, et au delà les forêts de sapins, frênes et bouleaux. Ce n'est pas là que nous allons, il y a encore un peu de marche sur un sentier pentu pour arriver chez nos amis. Hardi, Didi prend notre sac le plus lourd, nous nous répartissons le reste. Bon, ce n'est pas loin à pied. Vous remontez quelques mètres la route, puis vous prenez sur votre droite ce chemin dont vous ne soupçonnez pas l'existence si vous passez en voiture, vous montez quoi ? Cinquante, soixante mètres ? On ne compte plus quand on est au paradis, et vous découvrez un amour de maisonnette, toute en pierre, toute en tendresse, toute en charme. Rien à faire pour la prendre en photo, elle est plantée là dans la montagne, même en hélico on ne verrait rien.
On ne connaît l'histoire de cette maison que par bribes, c'est tant mieux car cela ressemble bien à leurs occupants, discrets, sensibles et pudiques. A la base, nous sommes dans une grange où il y avait des animaux, à 1000 mètres d'altitude. La maison est enterrée sur trois côtés, c'est dire le pourcentage de la pente ! Quand ils l'ont reprise, pas grand chose ne tenait debout, il a fallu tout refaire, et ils l'ont fait. Sans engin, sans grue, en une bonne vingtaine d'années, ils ont réussi à bâtir un havre de paix où nous avons eu le privilège de passer une semaine.
Il est environ 18h et nous nous installons. C'est vite fait, la maison compte une grande magnifique pièce au rez-de-chaussée et deux chambres avec une salle de bains au premier. On peut entrer dans la maison par le rez-de-chaussée ou par le premier, selon qu'on aime monter ou pas. Vu l'environnement, il vaut mieux aimer. Au delà et en montant, la pente permet d'aller vers la maison de Michel et Ria, que nous irons visiter d'ici deux jours. La maison est fraîche de par sa situation et une cheminée s'imposait. C'est Didi qui l'a dessinée et un entrepreneur de la vallée qui l'a réalisée, elle a fonctionné chaque fin d'après-midi et Phiphi a même eu le privilège de l'allumer vers la fin de notre séjour, signe sans doute d'une confiance sans borne de Didi, ou de son désir de faire faire aux autres ce qu'il pourrait faire lui-même, au choix.
On se moque mais il convient de réaliser que :
La pente est raide.
Les magasins sont loin.
Les bras ne sont pas nombreux.
Une telle maison, charpente, tuiles, escalier, etc. n'est pas évidente à monter, sans parler de l'eau courante (au robinet ! sachant que la source ne jouxte pas la maison !!) et de l'électricité, du téléphone et autres broutilles auxquelles nous sommes habitués en plaine et du côté de Paris...
Comme nous sommes aveugles, Didi et Miquette attirent notre attention sur la Pierre Bleue, qui surmonte ici chaque habitation. C'est une pierre enchâssée dans les autres pierres qui forment le mur au dessus de la porte de la maison. Celle-là est bleue, et elle marque l'année de finition de la maison, parfois avec un dessin ou une inscription en plus. 2 juin 1884 est marqué ici. Ceci étant, la maison a été finie de reconstruire en 1984. Et depuis, les améliorations n'ont jamais arrêté.
Nous découvrons lorsque Didi
allume le feu dans la cheminée, le Bouffadou
(www.123lozere.com/1f519_bouffadou.html), un bizarre instrument qui
permet de donner de la vigueur au feu : une branche de sureau qu'on
évide pour souffler sur la braise. Didi va nous enchanter dès
le lendemain en nous faisant participer à la conception de
deux Bouffadous
que nous emporterons avec nous à la fin du
séjour. Cela n'a l'air de rien, mais il faut trouver la bonne
branche, la couper (avec ou sans poignée) et ça c'est
l'affaire de Didi, puis enlever l'écorce de façon à
mettre à jour la beauté blanche du bois (ce sont les
filles qui s'y mettent) et enfin évider le bois en enlevant la
pulpe qui est au coeur du rameau (Didi explique à Phiphi qui
trouve le courage de poursuivre !). On fait ça avec une
perceuse au début puis avec une mèche de façon à
repousser la moelle qui finit par sortir de l'autre côté,
douce et élastique. Au total, on a un bout de bois vachtément
pratique qui sert dès qu'il faut souffler avec précision
sur quelque chose : un feu en général.
La soirée se passe
tranquillement devant le feu qui crépite, à discuter.
Mardi
Mardi matin nous sommes descendus visiter Saurat et avons rendu visite à Augustine, la fermière, qui était ravie de la visite. Augustine est une amie de longue date, elle habitait jusqu'à peu sa ferme située un peu plus bas que chez Miquette et Didi. Elle a du se résoudre à descendre dans la vallée pour cause de vieillesse. Du temps où leurs enfants étaient plus jeunes, nos amis allaient chercher le lait chez elle, le soir. La petite Gaëlle insistait alors pour mettre sa belle robe du dimanche. Miquette elle, aidait Augustine à promener les vaches, elles passaient ainsi de longs moments à potiner. Nous sommes bien sûr allés voir la ferme, magnifique mais tristement silencieuse quand on sait qu'elle abritait, outre des vaches, des volailles en pagaille, des chiens, et qu'elle bruissait du travail à la ferme. Tout cela est désormais fini, Augustine s'en ira aussi, emportant avec elle toute l'expérience d'une montagnarde. Il n'y a pas qu'en Afrique qu'un vieux qui meurt est une bibliothèque qui disparaît.
L’après midi Didier nous a fabriqué deux bouffadous, un avec une poignée pour la cheminée, et l'autre pour le barbecue.
Ensuite nous sommes montés au
col de Port (1259 m) et après avoir garé la voiture
nous nous sommes promenés dans la forêt de Sauzet en
direction du Pic de la Journalade. En redescendant nous tombons nez
à nez avec des chevaux de Merens, qui semblent livrés à
eux-mêmes. En effet pas de gardien pour les surveiller. Ils ne
sont pas agressifs ni peureux et se laissent volontiers caresser.
Nous buvons une boisson chaude en admirant la montagne. Que du bonheur !
Mercredi
Nous nous levons à 6H du matin
pour prendre la route à 6H45, direction le Pas de la Case en
Andorre. Miquette nous a expliqué que si nous y allions en fin
de matinée nous ne trouverions pas de place pour nous garer et
que les touristes auraient envahi la ville. C’est vrai que vers 8H
du mat les rues sont tranquilles. Ah c’est vraiment très
curieux un village tout entier destiné à la
consommation et où les prix sont moitié moins chers que
chez nous. Autour de nous, des montagnes (nous sommes à 2000
mètres) et des immeubles hideux qui forment le bourg. On en
fait le tour en 10 minutes, mais tout ici respire le bizness. C'est à
se demander comment vivent les habitants. Pas une librairie, pas de
papeterie, rien que des magasins et des supermarchés qui
rivalisent pour offrir une bouteille d'alcool pour trois cartouches
de clopes achetées. On brade 364 jours sur 365. Nous faisons
comme tout le monde provision de cigarettes, alcool, babioles pour
les petites, et diverses choses. Il paraît que le reste
d'Andorre est charmant mais nous ne nous attardons pas et
redescendons en France. Au passage de la douane, nous ne sommes même
pas arrêtés pour vérification du chargement.
Certes, nous avons respecté à la lettre les quotas,
mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Miquette nous raconte
qu'elle a vu un jour un jeune couple remplir un caddie de bouteilles
d'alcool. Il faut savoir qu'ici, c'est deux bouteilles par personne
et basta ! Les commerçants ne le savent sans doute pas...
Sur le chemin de retour, à Ax les Thermes, nous trempons nos pieds dans une source d’eau sulfureuse et sodée. Ça pue terriblement, mais il paraît que c'est bon pour ... quelque chose. Juste un peu plus loin que le bassin où on fait trempette, un robinet offre gratuitement une eau potable à 70° ! Le sol où coule l'eau est jaune de soufre. L'odeur est quasi insoutenable mais Didi assure qu'on s'y habitue.
Ensuite nous nous retrouvons à Luzenac où nous voulons visiter la plus grande carrière de talc à ciel ouvert du monde. Nous cherchons un endroit pour manger un sandwich sur le pouce mais tout est fermé. Nous marchons donc autour de l'église, partant du principe que là où se trouve l'église, se trouve aussi le troquet d'après-messe. Vous nous croirez si vous voulez, mais pas le moindre bistrot autour du lieu saint. Rien d'autre non plus qui rappelle la vie. On doit être dans la troisième dimension du tourisme, là où on se fout des voyageurs de passage. On voit quand même un marchand de quatre saisons qui finit de ranger ses fruits, et Didi va lui demander si on peut manger un bout dans le coin. A 500 mètres, répond l'autre, il y a un café. On y va, à pieds. Et on marche. Il fait chaud, et les 500 mètre sont plus longs que prévu. D'autant qu'ils nous amènent à longer l'usine de talc qui, quoique traitant un produit fort sympathique, n'en est pas moins une usine. Bon, on trouve le bistrot, on y mange un sandwich en regardant le Tour de France qui, à ce moment là, en est à se demander s'il y aura encore au moins un cycliste à Paris, et on retourne chercher la voiture à l'église.
Une demi-heure plus tard, nous sommes
au sommet de la montagne, pile à l'heure pour la première
visite de l'après-midi. Il y a quelques années, les
visites étaient complètement libres, sauf sur le
chantier proprement dit bien sûr : les engins sont démesurés,
voyez juste le pneu qui est exposé pour avoir une idée
du bazar. Aujourd'hui, c'est en bus qu'on se balade, avec une guide
qui nous explique tout de la carrière, découverte au
début du XXe siècle par des bergers et qui extrait bon
an mal ans quelques centaines de tonnes de talc. A ciel ouvert, la
carrière est organisée en paliers successifs qui
trouent la montagne jusqu'au gisement. Le sol stérile est
transféré de l'autre côté de la montagne.
C'est ainsi qu'en Ariège, on arrive à déplacer
les montagnes ! Le spectacle est saisissant : loin tout en bas, on
voit une noria de camions qui transbahutent le talc, roulant sur des
pistes en béton spécialement aménagées
pour éviter que les roues ne glissent et patinent. Le sol est
tellement blanc qu'on équipe les ouvriers de lunettes
spéciales. Plus haut, les étages proches de la surface
naturelle sont occupés par des pelleteuses surdimenssionnées
qui avalent la roche inutile. Entre les deux, un no-man's land
régulièrement parcouru par une gigantesque citerne qui
déverse des milliers de litres d'eau pour fixer la poussière.
Ainsi, notre guide nous assure que nous sommes au pays merveilleux de
Zéro pollution et 100% d'écologie puisque tout ce qui
est ici râclé, extrait et mis ailleurs est aussitôt
replanté d'espèces locales. Pour finir la visite, on
nous montre le téléphérique qui charge le
minerai pour l'emmener en bas, à l'usine où il y a un
troquet à 500 mètres de l'église. 
On redescent et Didi se rappelle d'une Chapelle Romane, celle de Vernaux. On s'y arrête bien sûr mais elle est fermée à clef. Charmant intermède après l'industrie, nous apercevons le château cathare de Lordat où l'on donne tout l'été des spectacles de dressage d'aigles.
Jeudi
Nous montons chez Michel, au-dessus de
chez Miquette et Didi et dont la maison se trouve à 1137m
d'altitude. Ça grimpe dur pour y arriver, nous empruntons un
vague sentier à travers les fougères puis les sapins.
D’une ancienne grange entourée à l’origine de
jardins potagers, Michel a fait une maison magnifique mais sans
électricité pour l’instant. De là haut nous
avons une vue imprenable sur la chaîne des Pyrénées.
Nous redescendons par un petit chemin ombragé qui traverse des cours d'eau. C'est beaucoup moins raide puisque le chemin est perpendiculaire à la pente. Nous pouvons voir tout ce que la montagne compte en matière de flore, notamment des frênes, reconnaissables au fait que rien ne pousse sous ces arbres aux feuilles trop acides. Nous allons jusqu’à la ferme de Denis et Augustine dont nous avons parlé mardi. Sur la route, nous faisons un crochet vers une maison en construction depuis 24 ans. Son propriétaire l'a construite tout en pierre du pays, il a admirablement travaillé le toit, bâti un balcon splendide mais ni portes ni fenêtres n'ont encore été installées, et l'intérieur ne compte que des cloisons brutes. Une coquille vide dont personne ne pourra selon toute apparence profiter jamais, au rythme où vont les travaux.
Un peu plus loin, nous nous arrêtons
pour saluer les ânes de Guy et admirer les maisons alentour.
Nous sommes en été, il fait beau et chaud, tout est
magnifique mais l'hiver ici est rude et il faut du courage pour
habiter à demeure dans la montagne. C'est pourquoi de plus en
plus de maisons sont des résidences secondaires. Des trois
écoles que comptaient ce petit bout de pays il y a une
cinquantaine d'années, il n'en reste qu'une, qui reçoit
dans sa classe unique moins de dix élèves. On craint
également la fermeture du bureau de poste.
Après un déjeuner rapide nous partons pour Foix. Rien de bien transcendant dans cette préfecture. Le château (Xe – Xve siècle) domine une ville complètement endormie où la foule ne se bouscule pas. Désoeuvrés, les commerçants des rues piétonnes discutent sur le pas de leur magasin, tandis que de rares badauds déambulent paresseusement. Pourtant, d'ici quelques jours, le festival "Ingénieuse Afrique" réunira du 3 au 5 août des milliers de visiteurs durant trois journées et soirées pour des concerts, des marchés d'artisans, des projections de films.
Avant de rentrer nous passons voir Ria dans sa jolie maison.
Retour chez Miquette et Didier où nous préparons le repas car c'est fête ce soir, les copains viennent dîner. Didi a déterré ce matin des pommes de terre dans le jardin et après les avoir épluché et coupé en rondelles, il les fait sauter dans une grande poêle dans la cheminée. On les mangera avec des magrets de canard, des oignons coupés fin, le tout dans un peu de graisse des magrets.
La soirée est très sympa avec Michel, Luis, Ria et Grégo.
Après leur départ nous ne resistons pas et nous faisons un Trivial Pursuit comme la veille.
Vendredi
Ce matin, nous avons le plaisir de voir
passer les vaches sur la route en contrebas et notre surprise est
grande lorsque nous en voyons une descendre la montagne et passer
devant la cuisine. La pauvre avait perdu son troupeau ! Il y a
quelques années, Miquette et Didi ont découvert en
arrivant de Paris la porte de leur maison explosée. Ils ont
aussitôt pensé à un cambriolage, mais rien ne
manquait. Ils pensent maintenant qu'une vache, perdue comme celle de
ce matin, a du descendre trop vite et mal négocier le virage
pour aller percuter la porte. Elle n'a pas laissé de carte de
visite...
Aujourd’hui est une journée glandouille. En fin de matinée nous discutons avec Charles, un personnage pittoresque, vieux monsieur extraordinaire sculpteur à ses heures. Il retape une grange un peu plus loin, et pour le moment il pose de la ficelle derrière la maison pour ses deux chevaux de merens qui vont venir ici. Nous ne les verrons malheureusement pas, peut-être intimidés par notre présence. Charles nous explique qu'ils ne lui sont pas très utiles, trop vieux selon lui, mais il ne s'en sépare pas car il sait qu'ils iraient directement à l'équarissage.
Michel, Ria et leur fils Grégo ont passé la nuit dans leur maisonnette. Ria et Grégo passent nous voir l'après-midi et nous faisons un Trivial Poursuit avec eux. Après leur départ nous regardons le film « Pour le pire et le meilleur » avec Jack Nicholson et Hélène Hunt. Génial.
Le soir nous allons dîner au col
de Port. Repas sympa dans l’unique auberge du col, près de
la cheminée dans laquelle mijotait les légumes. Au fond
de la salle, une tablée impressionante d'une vingtaine de
couverts attendant les clients nous intrigue. Peu après notre
arrivée, une dizaine de personnes entre et demande
l'autorisation de visionner un film sur un ordinateur portable posé
sur le comptoir. Le film montre les vallées de la région,
vues probablement d'un hélicoptère. Nous saisissons
quelques bribes de commentaire et comprenons que les convives sont en
majeure partie des bergers des environs et que l'objet de la soirée
est l'ours. Le sujet est sensible par ici. Déjà, sur la
route qui passe par Saurat, et qui a accueilli le Tour de France
lundi dernier, les inscriptions réclamant sa mort sont
nombreuses. L'ours est un ennemi contre lequel les bergers ont peu de
moyen de lutter. Pour les mamans des hameaux environnants, l'animal
est un danger et elles hésitent à se promener avec
leurs enfants.
Samedi
Le matin nous prenons la direction de
la grotte de Niaux. C’est une grotte préhistorique, période
magdaléenne, fréquentée depuis des siècles
mais reconnue comme recélant des peintures rupestres
exceptionnelles il y a un peu plus de 100 ans par l’Abbé
Breuil. La descente se fait bien couvert et bien chaussé avec
une lampe à la main. A environ 400 mètres de l'entrée,
un premier mur nous offre des signes (traits, points) préhistoriques
dont nous ignorons la signification. Puis nous arrivons dans le Salon
Noir, à 800 mètres de l'entrée, où nous
découvrons des bisons, des chevaux, des bouquetins peints sur
les murs. Ces peintures ont 13 000 ans! J’ai un peu souffert car je
suis claustrophobe et j’ai très peur du noir.
L’après midi nous sommes
montés à la maison de Charles, ce curieux bonhomme de
80 ans entrevu hier qui retape pour son plaisir une maison nichée
dans la montagne à 1000 m d’altitude environ. Il fait tout
tout seul, « pour s'occuper », comme il dit.
Allez seulement voir les poutres qui soutiennent la charpente, il les
a choisies il y a une vingtaine d'années, en repérant
les arbres. Il les a débitées il y a une dizaine
d'années, et les a posées il y a deux ou trois ans. Sa
cheminée est une merveille avec deux oiseaux sculptés.
Le lustre qui fait tant envie à Miquette a été
fait aussi par Charles.
Le soir nous allons à Banat assister à un concert donné par le groupe Nut’s Gospel Company. Cette soirée est organisée par « Ar Sene » qui gère depuis 1995 des projets de développement dans le village sénégalais de Yabo Yabo. Tout a commencé lorsqu'un étudiant sénégalais est venu faire des études en Ariège. Des liens se sont créés entre lui et l'école communale, si bien que de retour au Sénégal, l'étudiant a gardé le contact avec les écoliers, puis avec les parents qui ont monté cette association.
Cette soirée est donc organisée
par la mairie de Banat dans l'église, au profit de « Ar
Sene ». La chorale elle, est là juste pour le
plaisir. La Chef de Choeur est assez semblable à Marianne
James pour ce qui est du dynamisme et de l'entrain. Elle raconte
chaque chant, son histoire et pourquoi il a été chanté.
Nous apprenons ainsi que les esclaves ne pouvaient chanter que
l'Ancien Testament, car l'Évangile ne pouvait pas leur être
accessible : on n'évangélise pas une marchandise ! Ce
fut absolument génial, vivant, plein de bonheur. On voit dans
les yeux des chanteurs le plaisir de chanter, de faire l'andouille et
de partaget avec nous cette heure et quelques de pure musique.
Accompagnée par « Maître Pascale »,
prononcé « Pasquale » par cette chef
dont nous ne connaissons rien, la chorale compte une bonne quinzaine
de membres, de tous les âges. Avec eux, nous sommes dans la
vie, celle qui bouge et vibre, tout le monde s'active et gigote en
prenant un plaisir sans borne. Il a fait très chaud, côté
météo et côté coeur durant cette soirée.
Le dernier morceau était lent, envoûtant, et l'ensemble
de la chorale est sorti pour former une haie d'honneur. Nous sommes
ainsi sortis de l'église entre deux rangs de chanteurs, mais
personne ne voulait voir finir ce concert, on s'est donc tous
retrouvés sur le parvis à acclamer la troupe. Sur la
route du retour, Miquette et moi n'avons pas arrêté d'en
parler, tandis que le « Grand Japonais »,
surnom que Didi a attribué à Phiphi qui mitraille tout
ce qu'il peut, mitraille donc à qui mieux mieux dans la nuit.
Arrivés à bon port, nous assaillons Didi de remarques acerbes sur son absence. Il s'en fout, il écoutait Ten Year's After, et nous décidons donc de faire un ... Trivial Poursuit au cours duquel nous parlons beaucoup des Nuts, en toute logique !
Dimanche
Nous pique niquons avec Ria et Grégo à La Freyte au bord de l’eau. Le chemin est longuet mais pittoresque, et Ria nous a assuré qu'il n'y aurait personne. C'est un coin secret connu par quelques habitués qui gardent jalousement le secret de ce torrent qui tourbillonne entre deux montagnes. Bien sûr, arrivés là, le parking est plein à craquer, les gamins font les fous dans l'eau glacée tandis que les parents s'activent autour des glacières. Un peu décontenancés, nous attendons Ria qui finit par arriver avec Grégo et son copain Jérémy. Toujours pleine de ressource, Ria propose de monter quelque peu sur un chemin interdit aux voitures pour trouver un coin sympa. Nous la suivons et trouvons effectivement un coin de pelouse mi-ombragé, mi-ensoleillé entre deux familles venues goûter les joies du pique-nique solitaire dans la grâce sauvage d'un centre Leclerc mâtiné d'un Castorama bon teint.
Je plaisante, ce moment a été réjouissant avec les deux ados essentiellement occupés à déplacer le cours de l'eau en prenant chaque gros caillou afin de le mettre ailleurs, sans plan défini mais avec l'intention de produire un maximum d'éclaboussement. Nous déjeunons dans un plaisant enchevêtrement de roches et d'herbe le long du torrent, c'est très sympa. Didi est allé s'installer un peu plus loin, jouant l'ours des Pyrénées ayant renoncé à toute agressivité. Le repas se termine évidemment par une bagarre à base de gros cailloux destinés à tremper l'adversaire : Phiphi réussit à doucher les deux éffrontés qui s'opposent à lui. Mais malheureusement, cette riposte arrive trop tôt, et le temps de remballer toutes nos affaires, l'ennemi a tout le temps de tirer parti de notre immobilisme... La prochaine fois, nous organiserons une campagne digne de ce nom.
Direction Tarascon sur Ariège que nous visitons en traversant les ruelles fleuries et endormies. C'est le début de l'après-midi, le soleil tape et la ville somnole. Nous montons jusqu'à la Tour de Castellat, qui domine la ville. De là, Didi nous montre les vallées qui vont jusqu'à Foix, Andorre et les autres. Depuis le début de ce séjour, nous sommes confrontés à ces positions qui dominent les vallées, et nous pouvons observer les points stratégiques que les seigneurs ont bâtis afin d'assurer la sécurité, il y a quelques siècles. Et nous revoila avec cette admiration pour des gens, pas les seigneurs évidemment, qui se sont tapé des pentes vertigineuses pour monter poutres, pierres et tuiles jusqu'à des sommets invraisemblables. Ce qui fait bien rire Didi : « Quand on voit ce qu'il en reste, on se dit que c'était pas si imprenable que ça ! ».
Nous laissons Tarascon pour filer au
marché artisanal de Saurat. Il fait chaud mais c'est bien
sympathique. Nous faisons quelques achats, des confitures, du pain,
du vin, des bijoux, et nous discutons avec les commerçants,
tous très accueillants et parlant volontiers. Nous nous
étonnons encore une fois de ce plaisir qu'ont les gens ici à
parler et échanger. On trouve tout sur ce marché,
depuis les bonnes soeurs du coin qui vendent leur miel jusqu'au fou
de train qui fait l'article pour un circuit du XIXe siècle, en
passant par l'impayable copain de la créatrice de bijoux qui
drague gentillement les clientes de sa compagne. On y voit même
des ouvriers de la carrière de talc venus vendre une partie de
leurs sculptures. La cerise sur le gâteau, ce sont ces babas
cool des années 70 qui ont juste oublié que pas loin de
40 ans ont passés depuis leur installation dans le coin, mais
nous ne sommes pas là pour critiquer...
Retour chez Didi et Miquette pour notre dernière soirée. Nous avons dîné de magrets de canard cuits dans la cheminée, encore une fois et bien sûr nous avons passé la soirée à jouer au Trivial Poursuit. Miquette et moi avons mis la pâté aux garçons !
Le lendemain, on prend la route et on écoute les nouvelles : Michel Serrault est mort.


































